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Ne pas s’emporter, savoir pardonner - Paracha Vayigach


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Ne pas s’emporter, savoir pardonner

Paracha Vayigach


Après que Joseph a achevé l’épreuve qu’il a imposée à ses frères, et que le jeune Benjamin est condamné — du moins en apparence — à être emprisonné pour avoir volé la coupe d’argent de Joseph, Juda s’avance vers lui. Dans son discours, il se propose comme substitut : c’est lui qui entrera en prison à la place de son frère Benjamin. À cet instant, la tension atteint son paroxysme. Joseph ne peut plus se contenir ; il se dévoile, révèle son identité et réagit avec une vive émotion envers ses frères :

« Il embrassa tous ses frères et pleura sur eux. »

Il ajoute alors, s’adressant à ses frères stupéfaits :

« Et maintenant, ne vous affligez pas et ne soyez pas irrités de m’avoir vendu ici. »

Ensuite, il renvoie ses frères vers le pays de Canaan. Il leur accorde des présents — des habits de rechange — à eux et à leur père, et charge leurs chariots des meilleurs produits de l’Égypte. Puis Joseph ajoute une phrase unique, brève et énigmatique :

« Ne soyez pas en colère en chemin. »

Quel est le sens de cette parole ambiguë ?

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Le sens de l’avertissement : « Ne soyez pas en colère en chemin »


De nombreuses interprétations ont été proposées. Selon l’une d’elles, Joseph avertit ses frères de ne pas craindre les dangers de la route, notamment en raison des richesses qu’ils transportent. Selon une autre interprétation, il leur dit de ne pas redouter l’avenir.

L’interprétation la plus couramment admise comprend ces paroles comme un avertissement d’ordre moral et intérieur : soyez apaisés. Ne revenez pas sans cesse sur vos actes passés à mon égard, laissez de côté les interrogations et les débats, ne vous disputez pas pour savoir qui est le plus responsable ou le plus coupable, et ne vous mettez plus en colère contre vous-mêmes. Comme si Joseph leur disait : poursuivez votre vie comme si rien ne s’était produit.

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Le pardon

Il semble que cette dernière interprétation soit la plus juste. En réalité, Joseph cherche à réconcilier ses frères. Il est parvenu à la compréhension que les événements douloureux de son passé l’ont conduit vers le destin qui lui était destiné. C’est pourquoi il leur pardonne, sans toutefois l’exprimer explicitement.

Ce pardon s’explique également par le fait que les frères ont démontré une profonde transformation intérieure et qu’ils ont déjà regretté leurs actes graves. Le rang élevé de Joseph et la fonction qu’il occupe auraient pu lui permettre de les punir sévèrement ; mais, paradoxalement, ce sont précisément ces éléments qui facilitent son pardon. Il n’est plus l’homme blessé et vulnérable, mais une personne investie d’un grand pouvoir et d’une large influence.

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L’incompréhension

Malgré les paroles et l’attitude de Joseph, les frères ne comprennent pas qu’il leur a déjà pardonné et s’est réconcilié avec eux. Ils retournent en Égypte avec leur père Jacob et y demeurent longtemps. Toutefois, après la mort de leur père, leur réaction révèle de manière surprenante les sentiments de culpabilité profonds qui les habitent. Ils craignent que Joseph ne cherche désormais à se venger d’eux pour ce qu’ils lui ont fait lorsqu’il était encore jeune. Ils sont convaincus qu’il ne leur a jamais réellement pardonné et se disent entre eux :

« Et si Joseph nous haïssait et nous rendait tout le mal que nous lui avons fait ? »

C’est pourquoi ils racontent à Joseph une histoire inventée, selon laquelle leur père Jacob lui aurait ordonné de leur pardonner. Surpris par leurs paroles, Joseph les apaise de nouveau, de nombreuses années plus tard, et les rassure face à leurs craintes :

« Il les consola et parla à leur cœur. »

Il convient de souligner que Joseph n’a jamais trompé ses frères. Ce sont plutôt leurs doutes et leur culpabilité persistante qui ont rongé leur esprit et les ont empêchés de trouver la paix intérieure.

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Le désir de réconciliation

Plusieurs générations auparavant, la Bible relate déjà des conflits similaires entre frères. Isaac et Ismaël enterrèrent ensemble leur père Abraham :

« Isaac et Ismaël, ses fils, l’ensevelirent dans la caverne de Makpéla. »

Aucune difficulté relationnelle n’y est mentionnée explicitement, bien qu’un conflit ait existé entre eux concernant leur statut auprès de leur père. À la suite de cette confrontation, Ismaël fut éloigné de la maison d’Abraham. Le conflit s’est ainsi résolu après de nombreuses années, sans qu’un processus de réconciliation explicite et déclaré n’ait eu lieu.

De même, Ésaü et Jacob se réconcilièrent après de longues années durant lesquelles Jacob avait vécu en exil à Haran à cause de son frère. Leur réconciliation s’opéra lors du retour de Jacob en Canaan, sans qu’il ne demande explicitement pardon à Ésaü pour ses actes de jeunesse :

« Ésaü courut à sa rencontre, l’embrassa, tomba à son cou, l’embrassa encore, et ils pleurèrent. »

Comme si le passé lointain et douloureux avait été effacé.

La Bible est consciente de la grande difficulté psychologique qu’il y a à accorder un pardon exprimé par la parole de la part de celui qui a été blessé — comme dans le cas de Joseph. Ici, le comportement remplace la parole absente. À l’inverse, elle montre également la difficulté à demander pardon, comme dans le cas de Jacob vis-à-vis d’Ésaü.

Malgré ces difficultés profondes, les actes des protagonistes de ces trois générations expriment le principe fondamental vers lequel tend le texte biblique : l’aspiration à la réconciliation interpersonnelle et familiale, la recherche du pardon et la libération d’un passé oppressant. C’est un idéal extrêmement difficile à réaliser, car le souvenir de la blessure douloureuse brûle le corps et l’âme et résiste au mécanisme du pardon. Pourtant, la Bible invite à renoncer à la rancune, à la vengeance et à la haine. Les ressources et les forces de la réconciliation sont supérieures aux sentiments de revanche ou de punition.



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À propos de l'auteur - Yoav Levy

Je suis né à Jérusalem, j'ai étudié les études juives à l'Université hébraïque et à l'Institut Schechter de Jérusalem.

J'habite à Paris, j'enseigne des textes bibliques et des rabbins et je traduis dans divers domaines du français à l'hébreu. Dans le blog écrit sur la « Parasha de la semaine », je vois la Bible comme exprimant un grand nombre d'aspects, parmi lesquels la pensée philosophique, socio-politique et psychanalytique, à travers, entre autres, l'analyse de la structure littéraire du récit et du texte biblique, et dans une lecture qui ne renonce pas au contexte historique dans lequel est née cette œuvre, je souhaite présenter ces aspects. Il s'agit notamment de révéler les liens possibles entre la philosophie biblique et la psychanalyse.

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