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«Supériorité» -Parachat Ki Tavo


«Supériorité» - Parachat Ki Tavo


Au début de la paracha ‘Ki Tavo’, dans le livre du Deutéronome, est décrit l’apport des prémices au Temple, ainsi que la déclaration personnelle du pèlerin devant le prêtre. Parallèlement à cette description, apparaît un grand nombre de notions importantes, liées à la vocation et au statut du peuple dans le monde.

Nous rencontrons ainsi des termes tels que ‘segoula’ (trésor particulier), sainteté, supérieur, louange, nom, gloire, impureté, loi, justice, confession, joie, don, bénédiction et perdition.

Nous présenterons brièvement quelques-uns de ces termes et nous nous demanderons quelle est leur signification et comment ils s’articulent pour former un système de pensée cohérent.


La sainteté

Le commandement relatif à la sainteté : « afin que tu sois pour l’Éternel ton Dieu un peuple saint », qui apparaît en de nombreux endroits de la Torah, est ici associé aux autres notions évoquées dans la paracha. Ce contexte donne donc au terme de sainteté une signification supplémentaire.

Le concept de sainteté peut recevoir différentes interprétations. Nous le définirons ici dans son sens premier : la séparation de tout ce qui constitue une manifestation du mal et de l’injustice, et, de manière métaphorique, de ce que nous appellerons l’impureté.

L’homme saint s’éloigne et se distingue, physiquement, concrètement et dans sa conscience, de tout ce qui représente l’injustice et la déformation des valeurs éthiques fondamentales.

Mais, dans un second temps, la sainteté exige également la construction d’un degré supplémentaire : à partir de la définition et du refus du mal, elle doit devenir un phare orientant vers l’accomplissement du bien.

L’état de sainteté du peuple constitue ainsi la condition fondamentale et nécessaire aux autres caractéristiques et exigences qui lui sont associées, telles que la segoula, le nom et la gloire.

Le principe de sainteté est également formulé comme l’observance de la loi, c’est-à-dire le refus de faire le mal et l’accomplissement du bien, selon les termes suivants :

« Marcher dans Ses voies, garder Ses lois, Ses commandements et Ses prescriptions, et écouter Sa voix. »


« Supérieur » - עליון


Ce n’est qu’après avoir atteint et réalisé la sainteté que peut apparaître l’exigence suivante adressée au peuple :

« Afin de te placer au-dessus de toutes les nations. »

Que signifie cette expression exceptionnelle ?

Elle peut être interprétée de différentes manières.

Dans le fait d’« être supérieur », nous pouvons voir l’expression d’une aspiration du peuple à sa propre élévation.

Le terme עליון, « supérieur », est lié à la racine עלה, « monter », « s’élever » : s’élever toujours davantage sur l’échelle des valeurs morales.

Est véritablement « supérieur » celui qui observe la loi éthique présentée dans la Bible.

Il s’agit d’oser adhérer à d’autres valeurs, considérées comme plus élevées. C’est un appel à dépasser les conventions sociales établies et une exigence de conduite exemplaire.

Certains commentateurs y voient également la capacité de donner aux autres à partir de ses propres ressources et de ses propres possibilités.

Il faut souligner qu’il ne s’agit nullement ici d’une supériorité qui signifierait domination ou arrogance à l’égard des autres peuples du monde, que ce soit sur le plan social, politique, juridique ou dans tout autre domaine.

Ce terme n’accorde aucun privilège particulier à celui qui est appelé à le réaliser.

Il ne désigne pas davantage un avantage ou un talent reçu dès la naissance.


« Pour la louange, pour le nom et pour la gloire »


La paracha évoque, de manière tout à fait remarquable, trois conséquences importantes qui apparaissent après que le peuple a atteint la sainteté et manifesté son aspiration à la perfection morale :

« Afin de te donner… pour la louange, pour le nom et pour la gloire. »

Ces trois termes expriment la reconnaissance universelle du peuple au sein de la famille des nations.

Le peuple qui aspire à parvenir à un état aussi particulier, celui de la sainteté, doit être reconnu par le monde entier.

La louange est l’estime générale dont bénéficie le peuple parce qu’il constitue un modèle de justice et de sainteté.

Le nom est le bon renom du peuple qui se répand dans le monde : c’est le peuple qui représente le Nom de Dieu.

La gloire ou la splendeur exprime la beauté des actes accomplis par le peuple.

L’accomplissement du processus traversé par le peuple ne se manifestera pleinement que lorsque ces trois réalités - le nom, la louange et la gloire - seront présentes dans la société universelle.


La ‘segoula’

Le terme segoula - « afin qu’il soit pour Lui un peuple particulier » - est également ouvert à différentes interprétations.

Le mot ‘segoula’ désigne un objet précieux, particulier, comparable à un trésor.

Le peuple décrit comme une ‘segoula’ est un peuple qui préserve des valeurs particulières.

Cela implique également la reconnaissance de la singularité propre à chaque peuple du monde. Chaque peuple possède sa propre originalité et sa manière particulière d’exister.

Chaque peuple doit avoir conscience de sa singularité : une forme de conscience de soi, liée à son histoire et à sa culture.

Le principe de la ‘segoula’ exprime donc aussi l’exigence de se connaître soi-même.

La segoula rejoint ainsi le principe de sainteté, car elle approfondit la conscience que le peuple a de son statut et de sa singularité.


La perdition - l’égarement

Celui qui apporte les prémices au Temple surprend par sa déclaration devant le prêtre. Celle-ci comprend une sorte de confession historique qui commence très loin dans le passé :

« Mon père était un Araméen errant. »

Nous trouvons ici la reconnaissance du fait que l’ancêtre du peuple, avant même la naissance de celui-ci, fut pendant un temps perdu ou errant.

Il est appelé ici Araméen, celui qui venait du nord, d’Aram, c’est-à-dire de Syrie.

Cette déclaration sur l’errance de l’ancêtre témoigne d’une recherche et d’une hésitation ; elle est présentée ici comme une faiblesse humaine, compréhensible et reconnue.

Si l’ancêtre lui-même s’est égaré, alors celui qui prononce cette déclaration n’est pas davantage à l’abri des erreurs ou des égarements à venir.

L’expression « Araméen errant était mon père » indique qu’il n’existe pas ici de « sang bleu », de sang aristocratique ou noble.

L’identité n’est pas accordée d’avance.

Cette déclaration témoigne de la possibilité d’un changement, du passage d’une identité à une autre : dans ce cas, d’une identité araméenne à une identité israélite.

La déclaration de celui qui apporte les prémices — cette évocation du passé du peuple — rejoint donc l’idée selon laquelle le peuple ne possède aucune supériorité intrinsèque, de quelque nature qu’elle soit.


Donner

L’une des expressions de la sainteté est le don.

L’homme saint n’est pas seulement celui qui s’éloigne du mal ; il est également celui qui soutient activement le bien et la justice :

« La dîme de ta récolte… tu la donneras au Lévite, à l’étranger, à l’orphelin et à la veuve ; ils mangeront dans tes villes et seront rassasiés. »

Celui qui possède des moyens doit donner de ses biens aux couches les plus fragiles de la société, parmi lesquelles figurent également les groupes minoritaires.

Le refus de donner est associé à l’impureté.

La manière dont une société traite les plus faibles constitue également l’un des éléments fondamentaux de son système de justice.

Sans ce don, l’existence même de la société perd sa justification.

La sainteté, la segoula, le nom et l’attachement à l’éthique sont donc liés et dépendent également de cet acte de générosité.


La joie

Le plaisir et la joie que procure la possession des biens matériels et la réussite économique de l’individu doivent également inclure les couches les plus faibles de la société :

« Tu te réjouiras de tout le bien, toi, le Lévite et l’étranger. »

Ce sentiment n’est pas destiné uniquement à celui qui accomplit l’acte de générosité.

Il doit également partager cette joie avec celui qui reçoit de lui.

Nous trouvons ici une conception de l’intégration du faible et de l’exclu au sein de la société.


Aujourd’hui

Nous avons vu que seul l’entrelacement de toutes les conditions évoquées ici permet la réalisation de l’idéal biblique.

Mais, dans l’État d’Israël d’aujourd’hui, ce modèle idéal décrit dans la paracha ne semble plus, selon toute apparence, constituer une véritable feuille de route ou une boussole des valeurs.

Que s’est-il donc passé aujourd’hui dans le monde juif, lorsque le nom, la louange et la gloire ont perdu une si grande part de leur signification ?

Le peuple juif, précisément à l’opposé de l’idéal décrit ici, est devenu, depuis plusieurs années, l’objet de haine, de rejet et d’une profonde déception.

Dès lors, plusieurs questions se posent :

Où faut-il réparer ?

Où le peuple a-t-il échoué ?

Que doit-il faire pour sortir de cette situation, dans laquelle il ne parvient plus à trouver sa place au sein de la famille des nations ?

Quel examen de conscience doit-il entreprendre ?



À propos de l'auteur - Yoav Levy

Je suis né à Jérusalem, j'ai étudié les études juives à l'Université hébraïque et à l'Institut Schechter de Jérusalem.

J'habite à Paris, j'enseigne des textes bibliques et des rabbins et je traduis dans divers domaines du français à l'hébreu. Dans le blog écrit sur la « Parasha de la semaine », je vois la Bible comme exprimant un grand nombre d'aspects, parmi lesquels la pensée philosophique, socio-politique et psychanalytique, à travers, entre autres, l'analyse de la structure littéraire du récit et du texte biblique, et dans une lecture qui ne renonce pas au contexte historique dans lequel est née cette œuvre, je souhaite présenter ces aspects. Il s'agit notamment de révéler les liens possibles entre la philosophie biblique et la psychanalyse.

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